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“La Bastille indienne Binayak Sen” – A report in the French daily Le Monde

LeMonde8Dec2011

Le Monde, 8 January 2011

Un sourire un brin malicieux ornant une longue barbe poivre et sel. Et des doigts fins qui s’agrippent au grillage d’un fourgon de police. Tout Binayak Sen est là. Sérénité derrière les barreaux. Force morale toisant les écrous. Cette photo est désormais fameuse en Inde. Elle a été prise à Raipur, le chef-lieu de l’Etat du Chhattisgarh, lors d’une des multiples navettes de Binayak Sen entre prison et tribunal. Saisissant, ce cliché est maintenant promis à une fortune plus large. Le 24 décembre 2010, M. Sen a été condamné à la prison à vie pour “sédition” par un tribunal de Raipur. La justice indienne juge coupable ce médecin des pauvres, qui a passé trente ans de sa vie à soigner les communautés tribales du centre de l’Inde, de collusion avec la guérilla naxaliste (maoïste). La sévérité exceptionnelle du jugement au regard de preuves pour le moins légères a provoqué un choc en Inde. Les milieux de défense des droits civiques crient au scandale, à la “honte”. De jour en jour, l’affaire enfle. Veillées aux chandelles, pétitions, tribunes dans la presse, inquiétude des chancelleries à New Delhi. Le cas Binayak Sen est en train de devenir un fâcheux embarras pour le Parti du Congrès au pouvoir.

Il faut revenir à ce cliché, à cette ironie encagée. Car tout est affaire d’image. Il y a bien sûr le contraste entre ce visage de lumière et la grille rêche. Mais il y a surtout la discordance entre ce symbole d’une injustice manifeste et la belle réputation de l’Inde. Comment ? L’Inde héritière de Gandhi, l’Inde “plus grande démocratie du monde”, l’Inde “émergente” acclamée dans les forums internationaux, ce pays qui – à l’opposé de ses rivaux historiques du Pakistan et de la Chine – jouit d’une flatteuse couverture dans la presse internationale, vient d’embastiller à perpétuité un “médecin aux pieds nus” sur la base d’un dossier judiciaire douteux ?

Nul n’ignorait que l’Inde était riche en injustices : récurrentes bouffées d’émeutes confessionnelles, système de caste oppressant pour les plus faibles. Mais il s’agit là d’un legs du passé, enraciné au tréfonds de la société, difficile à redresser d’un coup de baguette magique.

Le cas de Binayak Sen est différent. Il s’agit d’une décision de justice délibérée froidement. Le coup porté à l’image de l’Inde est sévère. Amnesty International tient Binayak Sen pour un “prisonnier de conscience”. Et certains commentateurs s’interrogent : Binayak Sen serait-il le Liu Xiaobo (dissident chinois Prix Nobel de la paix) indien ? L’Inde comparée à la Chine en matière de libertés ! Un désastre de relations publiques.
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